Le système respire par saccades. Il accélère. Il s'effondre. Il recommence. Une machinerie nerveuse qui ne connaît ni repos ni équilibre. Elle passe de l'euphorie spéculative aux chambres closes de la mélancolie, comme un organisme prisonnier de sa propre chimie. Les bulles ne sont pas des accidents : elles sont le carburant. Les crises ne sont pas des pannes : elles sont le rythme cardiaque de la machine.
Le mot dépression n'a jamais quitté son territoire d'origine. Il désigne autant les courbes de la finance que les creux de l'âme. Les deux graphiques se superposent. Les marchés et les corps apprennent à battre à la même cadence.
Aucun autre régime n'aura autant investi l'humeur humaine. Il ne produit pas seulement des marchandises ; il fabrique des états de conscience, des emballements, des épuisements, des élans sans objet et des fatigues sans fin. L'audace est exigée, le délire récompensé, puis soudain révoqué. Chaque victoire annonce une chute. Chaque chute prépare une nouvelle injonction à croire.
Avec le postfordisme, quelque chose franchit un seuil. Le mal ne se montre plus en pleine lumière ; il circule dans les réseaux, les bureaux, les écrans, les horaires flexibles, les existences constamment disponibles. Une contamination discrète, persistante, presque administrative. Depuis les premières usines de la révolution industrielle, une onde souterraine progresse à travers les générations. Aujourd'hui, elle ne se cache plus : elle organise le quotidien.
Les travaux d'Oliver James donnent à cette intuition une épaisseur statistique. Dans The Selfish Capitalist, il observe une augmentation spectaculaire des troubles psychiques Les chiffres ne racontent pas une anomalie ; ils dessinent la signature d'une époque où l'économie n'habite plus seulement les usines ou les banques, mais colonise les circuits les plus intimes de l'esprit.