Né dans la cendre des empires dissous, dans la boue des drapeaux repliés, le national-libéralisme s’est levé comme une machine à deux vitesses : liberté pour les coffres-forts, patrie pour les ventres vides.
Un mot de passe pour les actionnaires, un chant funèbre pour les ateliers.
Libéral pour les riches, national pour les pauvres — programme codé dans la chair des peuples, firmware idéologique injecté à l’aube des États-nations.
On nous vendit la souveraineté en boîtes de conserve.
On nous livra des frontières comme des murs d’isolement phonique.
Pendant ce temps, les flux circulaient — capitaux fantômes, algorithmes de rente, cargaisons d’âmes en leasing.
La vieille puissance continentale, jadis matrice de lois, d’arts et de guerres, regarde ses statues verdir.
Elle sent le froid de la relégation.
Nostalgie industrielle, musées pleins d’acier mort, machines-outils transformées en reliques.
Les langues dominantes dictent les contrats, les normes, les imaginaires.
Le centre se déplace, la périphérie tremble.
L’économie administrée — cathédrale de formulaires, prêtrise de la planification — reçoit la gifle néolibérale.
Privatiser la mémoire, déréguler la faim, flexibiliser la dignité.
On appelle cela adaptation.
On appelle cela modernisation.
On appelle cela fatalité.
Exemple du jour, tranche de réel dans la gelée des communiqués :
la carte électrique redessinée, les usines déplacées comme des pions sur un échiquier
Renault envisage de produire ses futurs modèles électriques familiaux en Espagne
Les familles ouvrières migrent moins vite que les chaînes de montage.
Les villes-usines deviennent des zones d’archéologie sociale.
On promet des gigawatts, on livre des licenciements.
Réindustrialiser sous le dogme du libre-échange ?
Schizophrénie stratégique.
On ne reconstruit pas une aciérie avec des incantations de marché pur.
On ne ressuscite pas une classe ouvrière avec des crédits d’impôt et des slogans.
Le capital veut la vitesse, la nation veut la stabilité, et le peuple veut vivre.
Contradiction terminale.