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économie

  • Le Grand Démantèlement

    le grand.jpgFinalement, l’Europe étant maintenant le continent le plus chaud de la planète et la France en particulier, c’est nous qui allons devenir pour les autres continents des réfugiés climatique. C’est peut-être ça le vrai grand remplacement.

    D’ici là, on ira passer nos vacances en Suède ou au Danemark.

    Je vous dis pas quand on aura fini d’installer les datacenters…

    La vie humaine ressemble de plus en plus de celle des composants électroniques destinés à être recyclés pour l’IA. Dans ce processus certains composants sont endommagés au point d’être irréparables, alors que parmi ceux qui survivent à la phase de démantelement seule une quantité réduite est nécessaire pour composer les nouveaux dispositifs, en général plus léger fonctionnant vite et bien.

    Des dommages collatéraux au progrès économique. La ligne des damnés et des  sauvés n’étant pas totalement tracée…

    Le Grand Démantèlement c'est dément....

  • Merde in France

    1000049441 (1).pngLe néolibéralisme avance masqué. Il crache sur l'État pendant que sa perfusion y est branchée. Le discours taille la béquille qui le soutient. Puis survient la déchirure de 2008. Les marchés s'effondrent comme des immeubles rongés de l'intérieur. Les prêtres de la dérégulation tendent alors leurs mains impeccables vers la vieille machine publique. Ils exigent le sauvetage. L'État, cette carcasse qu'ils voulaient vendre au poids du métal, devient salle d'urgence, banque de sang, appareil respiratoire. Une fois la fièvre tombée, ils reprennent leur sermon contre l'hôpital qui les a réanimés.

    Le capitalisme n'est plus une foi. C'est l'après-foi. Les dieux ont déserté. Les temples sont devenus des centres commerciaux aux néons blafards. Les anciennes croyances survivent sous forme de logos, de slogans, de cartes de fidélité. Le consommateur erre dans cette nécropole climatisée. Spectateur de sa propre consommation. Il ramasse des fragments de sens comme on fouille un charnier industriel. Les reliques ne promettent plus le salut ; elles garantissent une réduction de vingt pour cent jusqu'à épuisement des stocks.

    L'ironie est devenue un vaccin administré à dose quotidienne. Ne croire en rien. Sourire de tout. Se tenir à distance de chaque conviction comme si toute intensité annonçait déjà les camps, les bombes, la purification. On échange l'espérance contre un protocole sanitaire de l'âme. Réduisez vos désirs. Rabotez vos rêves. Le monde est peut-être médiocre, mais il pourrait être pire. Voilà la liturgie nouvelle, répétée dans les studios de télévision, les amphithéâtres d'économie, les couloirs des ministères. Le bonheur est remplacé par la gestion du désastre.

    Les gardiens de l'ordre ne célèbrent plus le paradis. Ils administrent la peur. Ils ne disent pas : regardez comme notre monde est beau. Ils disent : regardez les ruines derrière la frontière. Regardez les monstres possibles. Regardez les spectres de l'Histoire. Notre démocratie n'est pas parfaite, murmurent-ils, mais elle est le moindre des cauchemars. L'imaginaire est assigné à résidence. Toute alternative est présentée comme une infection. Toute bifurcation comme une épidémie.

    Alors viennent les protocoles. Compression des salaires. Flexibilisation des corps. Réduction des protections. Discipline des budgets. Compression, extraction, optimisation. Le vocabulaire est clinique. Les existences deviennent des variables d'ajustement. Les travailleurs sont convertis en matières premières mobiles. Les chômeurs deviennent des anomalies statistiques à corriger. Les administrations sont disséquées comme des organes jugés improductifs. La langue technocratique fonctionne comme une machine de désensibilisation : elle transforme la souffrance en indicateur, le licenciement en restructuration, la précarité en adaptation.

    Toujours la même équation gravée dans le métal froid des tableaux Excel : compétitivité. Coût. Flexibilité. Offre. Comme si l'économie était un organisme condamné à s'amputer sans fin pour survivre. On retire un membre afin de sauver le suivant. Chaque réforme promet un réveil. Chaque réveil débouche sur une salle plus étroite, un plafond plus bas, une lumière plus blanche. Le fantasme étant que le consumérisme occidental, loin d’être intrinsèquement impliqué dans les inégalités systémiques mondiales, pouvait de lui-même les résoudre. Tout ce que nous avons à faire, c’est d’acheter les bons produits. Le made in France…dans notre beau pays (comme les canadairs qui sont canadiens !!!)

    Pourtant le virus est ailleurs. La France n'étouffe pas seulement sous le prix de l'énergie. La véritable hémorragie est technologique. La frontière s'est déplacée pendant que le regard restait fixé sur les colonnes comptables. Les centres nerveux de l'innovation migrent. Les nouvelles technologies redessinent les cartes de puissance. Ici, on continue de compter les centimes pendant que d'autres fabriquent les systèmes qui fixeront demain la valeur même des centimes. Le corps économique est disséqué avec précision tandis que l'esprit industriel s'évapore. Le laboratoire est vide. Les machines tournent encore, mais elles reproduisent surtout le bruit de leur propre disparition.

  • Necronomie mecanique

     Dans l'ordre Marcel la feignasse, JPC, Chris P et Doc Benway buvant un russe blanc, boisson préférée du Big Lebowski

    1776007067258 (1).pngAu commencement, il y eut une lumière sale, une lumière de cave anglaise, de studio fatigué, de banquet administratif après l’apocalypse. Kubrick, dit-on, n’avait pas encore décidé s’il filmait des hommes ou des meubles, des saints ou des comptables, des survivants ou des figurants en vacances forcées. Cette photo naquit dans cet interstice, au bord de l’absurde, quand quatre silhouettes se mirent d’accord pour incarner la grande comédie de la décrépitude moderne.

    Marcel la feignasse fut le premier à comprendre la mission : ne rien faire avec une conviction quasi métaphysique. Il s’assit donc comme un prince en exil du travail avec ce flegme de rentier terminal du farniente qui transforme la paresse en doctrine. À côté de lui, JPC le nécronomiste sortit des chiffres invisibles de ses poches, comme s’il pouvait expliquer la fin du monde par un tableau Excel et trois hypothèses macroéconomiques. Chris le graphiste, lui, avait déjà tout vu en aplats, en contrastes, en typographie de l’effondrement ; il savait que la composition seule sauverait ce naufrage de l’élégance. Quant au Docteur Benway psychiatre visionnaire des démocraties de Marché, il planait au-dessus du groupe comme un fantôme sous kétamine soufflant l’idée que toute réunion d’hommes finit tôt ou tard en rituel, en farce, ou en moralisme déjanté.

    Le décor, évidemment, faisait le reste. Un canapé trop bas, des verres trop droits, des corps trop calmes, et sur le visage de chacun cette sérénité un peu douteuse qu’on trouve chez les conspirateurs de salon et les prophètes qui ont raté leur train volontairement mais qui savent rire d'eux mêmes. Kubrick, derrière sa caméra, aurait souri de ces sourires d’ingénieurs du chaos : il tenait là non pas une photo de groupe, mais un organigramme de la perdition. Marcel l’inerte, JPC le chiffré, Chris d'Urbain Autopsy, Le Doc, le mutant : quatre façons de perdre pied sans jamais quitter le cadre

    Et c’est ainsi que la scène prit forme, non comme un simple cliché, mais comme une thèse en images sur la civilisation occidentale en bout de course. Une réunion de crânes lucides, de postures cassées, de dignité mal ajustée. Une photographie que Kubrick n’aurait pas reniée, parce qu’elle contient tout ce qu’il aimait : le contrôle, le malaise, la symétrie, et cette petite odeur de catastrophe bien rangée.

    Muzak

    https://www.youtube.com/watch?v=OP157WMfOqo