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necronomie

  • ZOMBIES. récap nécro pour les novo

    necro.jpgLa nécronomie : l'économie après l'économie

    La nécronomie commence lorsque le capitalisme cesse de pouvoir tenir sa promesse historique : toujours plus de croissance, toujours plus de consommation, toujours plus de richesse matérielle.

    Il ne disparaît pas.

    Il change de fonction.

    Le système apprend à fonctionner avec moins de ressources, davantage de dettes et davantage de contraintes.

    La croissance devient secondaire.
    La solvabilité devient centrale.

    L'avenir n'est plus un horizon d'abondance.
    Il devient une créance.

    1. L'État zombie

    L'État zombie est un État qui continue à fonctionner alors que les conditions économiques qui permettaient son fonctionnement se dégradent.

    Il emprunte pour rembourser.

    Il taxe pour financer ses déficits.

    Il s'endette pour éviter la récession.

    Il soutient les entreprises pour éviter les faillites.

    Il soutient les banques pour éviter l'effondrement du crédit.

    Et il finit par appeler stabilité le simple fait que l'effondrement n'ait pas encore eu lieu.

    Le zombie n'est donc pas nécessairement mort.

    Il est vivant parce que la dette lui interdit de mourir.

    2. La pénurie organisée

    Dans l'économie classique, la pénurie est un problème à résoudre.

    Dans la nécronomie, elle peut devenir une ressource économique.

    Énergie chère.
    Logement rare.
    Crédit coûteux.
    Matières premières stratégiques.
    Accès différencié aux soins, aux transports, à l'éducation ou à la technologie.

    La rareté permet de fixer des prix, de distribuer des droits d'accès et de hiérarchiser les populations.

    La question n'est donc plus :

    Comment produire suffisamment pour tout le monde ?

    Mais :

    Qui aura accès à quoi lorsque tout ne sera plus disponible pour tous ?

    C'est le passage de l'économie de l'abondance à l'économie de l'allocation.

    3. Le pouvoir créancier

    Dans une économie fondée sur la dette, celui qui possède la créance possède une partie du futur.

    La dette transforme le temps en instrument de pouvoir.

    Le débiteur doit travailler demain pour honorer ce qu'il doit aujourd'hui.

    L'État doit maintenir sa capacité d'emprunt.

    L'entreprise doit produire suffisamment de cash-flow.

    Le ménage doit conserver son emploi.

    Tout le monde est ramené vers la même injonction :

    ne pas interrompre les flux.

    C'est ici que la finance devient plus qu'un secteur de l'économie.

    Elle devient une infrastructure de commandement.

    4. La fin de la souveraineté

    La souveraineté classique disait :

    Un peuple décide de son avenir.

    La nécronomie répond :

    Votre avenir est déjà engagé.

    Dette publique.
    Dette privée.
    Dépendance énergétique.
    Dépendance technologique.
    Dépendance monétaire.
    Chaînes d'approvisionnement.
    Marchés financiers.

    La décision politique demeure juridiquement possible, mais son espace économique se rétrécit.

    On peut encore décider. Mais il faut d'abord vérifier auprès du créancier si la décision est finançable.

    C'est une transformation fondamentale du pouvoir.

    5. La crise comme mode de gouvernement

    Dans ce système, la crise n'est plus nécessairement une anomalie.

    Elle devient un régime permanent.

    Crise financière → intervention.

    Crise énergétique → subvention.

    Crise climatique → investissement.

    Crise géopolitique → réarmement.

    Crise démographique → automatisation.

    Crise du travail → intelligence artificielle.

    Chaque crise produit ainsi son propre programme d'investissement.

    Le système ne résout jamais complètement la crise précédente.

    Il convertit la crise en nouvelle dette, puis la dette en nouvelle contrainte.

    6. Et finalement : la nécrotechnologie

    C'est ici que la nécronomie rejoint l'IA, la robotique, le transhumanisme et la Singularité.

    Lorsque la croissance de la population ralentit, que la main-d'œuvre diminue et que les ressources deviennent plus coûteuses, le capital cherche une solution :

    remplacer l'homme coûteux par la machine reproductible.

    L'humain devient progressivement une variable économique parmi d'autres.

    Travailleur → consommateur → donnée → risque → coût → population à administrer.

    La promesse technologique devient alors étrange.

    On nous promet des machines capables de produire davantage avec moins d'humains.

    Mais la question interdite devient :

    que devient une économie lorsque sa technologie permet de produire sans avoir besoin de la majorité de ceux qui doivent acheter ce qu'elle produit ?

    C'est peut-être là que se trouve le véritable problème de la Singularité.

    Pas la machine qui devient intelligente.

    La machine qui devient économiquement nécessaire parce que l'homme est devenu économiquement superflu.

    La formule nécronomique

    On pourrait donc condenser tout cela ainsi :

    La nécronomie est le système économique qui transforme l'épuisement en valeur, la dette en pouvoir, la pénurie en marché, la crise en gouvernement et la technologie en mécanisme de remplacement.

    Et son paradoxe final est peut-être celui-ci :

    Plus le système devient riche en technologies, plus il devient pauvre en possibilités politiques.

    Parce que l'abondance technique ne signifie pas nécessairement l'abondance sociale.

    On peut avoir des intelligences artificielles, des robots, des centrales nucléaires, des milliards de données et des machines capables de produire presque tout...

    et manquer simultanément d'argent, de logements, d'énergie accessible, de temps et de souveraineté.

    C'est cela, au fond, la nécronomie :

    une économie qui ne meurt jamais parce qu'elle a appris à faire de sa propre mort un modèle économique.

     

     

  • La fin d'une idée zombie

    russe.jpg

     

    LORSQUE L ON VEUT TUER UN ZOMBIE, IL FAUT TUER LA TËTE (DETTE)

    The dead don’t die….

     

    La crise de la démocratie libérale n’est pas née d’un seul événement, ni même d’une rupture clairement identifiable. Elle s’est formée lentement, par sédimentation, au fil de plusieurs décennies, jusqu’à devenir presque imperceptible à ceux-là mêmes qui en étaient les contemporains.

    Tout avait commencé, en apparence, par une promesse. À la fin du dernier millénaire, la pensée néolibérale avait installé au cœur du discours économique une idée aussi simple que commode : celle du « ruissellement ». Il suffisait, disait-on, de laisser prospérer l’économie et d’enrichir ceux qui se trouvaient au sommet pour que, tôt ou tard, les bénéfices de cette prospérité descendent vers les couches inférieures de la société.

    La richesse devait couler vers le bas comme une eau généreuse, franchissant les étages de la société jusqu’à atteindre ceux qui en avaient le moins.

    Pour les classes populaires, cette promesse ressemblait pourtant, dès l’origine, à une mauvaise plaisanterie. Car elles savaient déjà que la richesse ne ruisselle pas spontanément : elle se concentre, elle s’accumule, elle se protège. Et tandis qu’on leur demandait d’attendre les bienfaits d’une prospérité dont elles ne percevaient guère que les contraintes, l’écart entre les sommets et les profondeurs continuait de se creuser.

    Longtemps, les classes moyennes purent encore croire que cette mécanique finirait par fonctionner. Elles en furent progressivement détrompées. Le krach des valeurs technologiques, en 2000, puis surtout la grande crise financière de 2008, vinrent fissurer ce qui restait de crédibilité à la promesse.

    À partir de là, le doute ne fut plus seulement celui des plus modestes. Il gagna le centre même de la société.

    La promesse du ruissellement avait cessé d’être une espérance. Elle apparaissait désormais pour ce qu’elle était devenue : le récit d’un système qui demandait à ceux d’en bas de patienter, tandis que ceux d’en haut continuaient d’accumuler.

    Et c’est peut-être là que commence véritablement la crise démocratique : au moment où une société cesse de croire que les règles communes sont faites pour tous, et que l’avenir auquel on lui demande de consentir sera aussi le sien.

  • Nécronomie accélérationniste

     IA.jpgl’équipe économique d’Anthropic publie un rapport intitulé Scénarios pour notre avenir économique – Trois chemins vers 2030. Voici le résumé : dans le cas extrême, le PIB croît de 15 % par an, le chômage atteint 11,9 %, les salaires des travailleurs du savoir chutent de plus de 10 %, et la part du travail dans le PIB passe d’environ 60 % à 45 %.

    Cette version la plus catastrophique est en fait, vous le savez la moins catastrophique

    Quelque chose est en train de disparaître sous nos yeux, sans que nul ne sache exactement à quel moment la disparition a commencé.

    Les anciens cadres du conflit entre le capital et le travail se désagrègent. L’État-nation, qui fut longtemps le théâtre et l’arbitre de leur affrontement, conserve encore ses institutions, ses frontières et ses représentations, mais il ne contient plus réellement les forces qu’il prétend gouverner. Le travailleur demeure enfermé dans cet espace politique devenu trop étroit pour lui. Il y vend sa force, réclame des droits, attend une protection. Il appartient encore à un territoire.

    Le capital, lui, n’appartient plus à personne.

    Il s’est débarrassé de cette vieille contrainte avec la froideur d'une chose qui change simplement de forme. Il traverse les frontières sans les voir. Il déplace les usines, les bureaux, les capitaux, les chaînes de production. Il ne menace même plus véritablement de partir : sa possibilité de partir est devenue une présence permanente, une ombre suspendue au-dessus de chaque négociation.

    D’un côté, l’homme qui doit travailler pour vivre.

    De l’autre, une puissance qui peut se déplacer pour continuer à croître.

    Le déséquilibre n’est donc plus seulement économique. Il devient ontologique. L’un est assigné à la nécessité ; l’autre s’en est progressivement affranchi.

    Puis le capital a découvert qu’il pouvait pousser plus loin encore cette émancipation. L’accumulation s’est déplacée vers les marchés financiers, vers cet univers abstrait où la richesse semble pouvoir engendrer de la richesse sans passer par la matière, sans usine, sans atelier, presque sans hommes. Le capital se contemple désormais dans ses propres reflets : dettes, titres, promesses, anticipations, spéculations. Une économie de fantômes s'est superposée à l'ancienne économie du travail.

    Mais le salarié, lui, n’a pas quitté le monde réel.

    Il lui faut toujours un emploi. Il lui faut toujours un salaire. Il lui faut toujours transformer une portion de sa vie en marchandise pour obtenir de quoi poursuivre son existence.

    C’est peut-être là que réside le caractère le plus étrange de la situation présente.

    L’homme dépend encore du travail au moment même où le capital commence à pouvoir se passer de lui.

    Et cette contradiction ne produit pas nécessairement une rupture. Elle peut produire quelque chose de plus lent et de plus terrible : une adaptation progressive à l’inutile. Une population toujours plus nombreuse, au chômage, toujours plus disponible, toujours plus interchangeable, tandis que la puissance qui l’employait autrefois apprend à fonctionner avec une quantité décroissante de travail humain.

    Le vieux pacte social ne s’effondre donc pas dans le fracas.

    Il se vide.

    Les institutions demeurent. Les discours demeurent. Les entreprises demeurent. Les emplois eux-mêmes demeurent, mais sous une forme de plus en plus précaire, provisoire, révocable.

    Ce qui disparaît, c’est la nécessité réciproque.

    Le travail a encore besoin du capital.

    Le capital, lui, apprend au file des crises à ne plus avoir besoin du travail.

    Et peut-être est-ce ainsi que commencent les véritables fins : non par la destruction de l’ancien monde, mais par le moment où les structures qui le soutenaient continuent de fonctionner alors que la nécessité qui leur donnait un sens a déjà disparu.