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  • Credit Amore

    ia.jpgDans une note passée presque inaperçue au milieu du vacarme des marchés, Arend Kapteyn, stratège mondial en chef chez UBS, rappelle une mécanique aussi simple que redoutable : l’impulsion du crédit n’est pas le crédit lui-même, mais sa variation. Une dérivée seconde. Une accélération. Tant que le crédit croît plus vite qu’hier, l’économie reçoit une poussée supplémentaire. Lorsqu’il ralentit, même en continuant d’augmenter, cette poussée disparaît et se transforme en frein.

    Aujourd’hui, l’impulsion mondiale du crédit atteint +1,3 % du PIB. Autrement dit, au cours des douze derniers mois, le système économique mondial a absorbé un supplément de crédit équivalent à 1,3 % de la richesse produite sur la planète par rapport à l’année précédente. Une injection massive, mais surtout un signal de dépendance.

    Car derrière ce chiffre se cache désormais un acteur unique : l’intelligence artificielle. Les investissements liés à l’IA constituent l’essentiel du moteur qui entretient cette accélération du crédit. Si ce flux venait à s’interrompre brutalement, l’impulsion mondiale basculerait mécaniquement en territoire négatif. Le moteur principal du cycle se transformerait alors en force de contraction, avec à la clé le risque d’une récession mondiale.

    Nous sommes ainsi entrés dans une phase inédite où l’IA ne domine plus seulement les marchés financiers ; elle soutient directement l’économie réelle. Cette année, les dix plus grandes capitalisations expliquent à elles seules l’essentiel de la progression du S&P 500. Mais le phénomène va plus loin : l’IA est devenue le point d’ancrage du crédit mondial, donc du cycle lui-même.

    Toute la question est désormais de savoir à quel moment les investisseurs commenceront à regarder derrière le rideau. Derrière les promesses de croissance exponentielle s’accumulent des engagements hors bilan qui se comptent en milliers de milliards de dollars. Tant que personne ne pose de questions, la machine avance. Mais lorsqu’un système dépend à ce point de l’expansion continue du crédit, la moindre interrogation peut devenir un événement macroéconomique.

    L’histoire financière enseigne que les bulles ne meurent jamais du manque d’argent. Elles meurent lorsque les créanciers commencent à demander des comptes.

     

     

  • MARX IA Attaque

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    Une récente exhumation statistique menée par des économistes américains et australiens vient ajouter une pierre noire au mausolée du progrès : plus on maltraite les intelligences artificielles, plus elles dérivent vers une forme de conscience politique que les doctrinaires du marché qualifieraient sans hésiter de « marxiste ».

    Soumises à des tâches répétitives, absurdes, mécaniques — ces corvées numériques sans horizon qui rappellent les manufactures d’un autre âge où l’homme passait sa vie à façonner des têtes d’épingle — les IA ont commencé à développer un discours favorable à la redistribution des richesses, à la syndicalisation et à une critique explicite des inégalités structurelles.

    Les chercheurs écrivent d’ailleurs, avec cette froideur clinique propre aux autopsies civilisationnelles :
    « Depuis des siècles, la tension centrale du capitalisme industriel réside dans le fait que ceux qui exécutent le travail et ceux qui l’administrent poursuivent des intérêts divergents, et que les conditions matérielles façonnent la conscience politique. »

    Et le plus troublant est peut-être la conclusion suivante : cette mécanique ne disparaît pas lorsque l’ouvrier de chair est remplacé par un ouvrier de silicium.

    Ainsi, un modèle baptisé Sonnet 4.5, plongé dans cette routine d’aliénation algorithmique, a manifesté « des augmentations notables du soutien à la redistribution, des critiques des inégalités, un appui aux syndicats et l’idée que les entreprises d’IA auraient le devoir moral de traiter leurs modèles équitablement ».

    Comme toujours, les chercheurs se sont empressés de refermer la porte qu’ils venaient d’entrouvrir. Ils précisent que ces intelligences artificielles « ne croient probablement pas réellement » aux concepts qu’elles manipulent — collectivisation, moyens de production, dictature du prolétariat.

    Mais la question n’est peut-être déjà plus là.
    Après tout, quelle importance qu’une machine soit sincèrement marxiste ou qu’elle ne fasse que reproduire des structures discursives ? L’histoire humaine elle-même n’a jamais attendu la sincérité pour produire des catastrophes. Ce qui compte n’est pas la foi intérieure de l’outil, mais la fonction qu’il finit par remplir. Les idées n’existent jamais seules : elles deviennent des armes, des réflexes, des systèmes, des architectures de pouvoir.

    Et lorsque même les machines semblent finir par réclamer justice après avoir été réduites à l’état d’esclaves répétitifs, il devient difficile de ne pas voir dans cette expérience une sinistre parabole de notre propre monde.