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france souveraine

  • Le lapin, le renard et la dette

    RENARD.jpgLe national-libéralisme est une machine.

    Une machine à fabriquer du souverain avec de la dette.

    Elle commence par promettre la nation.

    Elle finit par présenter la facture.

    Entre les deux, elle parle beaucoup.

    C’est même à cela qu’on reconnaît l’État moderne : il explique très bien ce qu’il ne peut plus faire.

    La nation est souveraine.

    Bien sûr.

    À condition que les marchés soient d’accord.

    Le peuple décide.

    Évidemment.

    À condition que la décision ne coûte rien.

    Les frontières sont sacrées.

    Sauf pour les capitaux.

    Le territoire est inviolable.

    Sauf pour les marchandises.

    La souveraineté est imprescriptible.

    Sauf pour les créanciers.

    Voilà le progrès.

    On a conservé les mots.

    On a externalisé le pouvoir.

    La globalisation a supprimé les distances.

    La dette a supprimé les choix.

    Et l’État est resté.

    Il reste toujours quelqu’un pour annoncer la mauvaise nouvelle.

    Avec un drapeau derrière lui.

    C’est plus solennel.

    On gouverne désormais avec deux discours.

    Le premier s’adresse au peuple.

    Nous sommes maîtres chez nous.

    Le second s’adresse aux marchés.

    Rassurez-vous.

    Nous ne le sommes pas.

    Le premier promet la protection.

    Le second garantit la solvabilité.

    Entre les deux, il y a l’électeur.

    C’est-à-dire celui qui choisit.

    Jusqu’à ce que la facture arrive.

    Le national-libéralisme a découvert une chose admirable :

    on peut rendre un peuple impuissant sans lui retirer le droit de vote.

    Il suffit de lui laisser le sentiment qu’il commande.

    Le sentiment est gratuit.

    Le pouvoir, non.

    Alors on ressort l’identité.

    L’identité ne coûte presque rien.

    Un drapeau suffit.

    Un hymne.

    Un ennemi.

    Une frontière.

    Une vieille photographie.

    La nostalgie est une politique publique particulièrement économique.

    Elle ne nécessite aucun investissement.

    Le lapin adore ça.

    On lui montre la frontière.

    Il regarde la frontière.

    On lui dit : voilà votre problème.

    Il acquiesce.

    Pendant ce temps, le renard passe.

    Le renard capitaliste ne regarde pas les frontières.

    Il regarde les rendements.

    Il ne demande pas :

    « Qui êtes-vous ? »

    Il demande :

    « Combien ? »

    C’est une question beaucoup plus efficace.

    Le lapin cherche son identité.

    Le renard cherche son rendement.

    Le lapin veut retrouver le monde d’hier.

    Le renard veut posséder celui de demain.

    Le lapin brandit son drapeau.

    Le renard ouvre son compte.

    Le lapin proteste.

    Le renard capitalise.

    Le lapin vote.

    Le renard arbitre.

    Il n’y a pas de complot.

    C’est plus simple.

    Il y a un système.

    Un système n’a pas besoin de conspirer.

    Il suffit qu’il fonctionne.

    Le national-libéralisme fonctionne précisément parce qu’il entretient la contradiction.

    Assez de mondialisation pour rendre la nation impuissante.

    Assez de nationalisme pour empêcher la nation de s’en rendre compte.

    Assez de démocratie pour donner un responsable.

    Assez de marchés pour qu’il ne puisse rien faire.

    Le tour est joué.

    Le gouvernement montre la main gauche.

    La dette travaille avec la droite.