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Le Grand Transfert

nouvelle note.jpgLe silence aura duré des mois.

Des mois durant lesquels l’évidence fut reléguée au rang des lubies, tandis que les marchés poursuivaient leur ascension, ivres de promesses artificielles et de certitudes fabriquées. Puis la BCE a publié, la semaine dernière, ce document que beaucoup auraient préféré ne jamais lire. Il est consacré à ce que les marchés refusent encore de regarder en face : les pertes gigantesques qui pourraient frapper les investisseurs européens lorsque la bulle de l’intelligence artificielle commencera à se fissurer.

Car le piège ne se trouve pas seulement dans les titres que chacun croit connaître.

Il dort dans les ETF.

Dissimulé dans leurs architectures opaques, dispersé dans les portefeuilles, absorbé par les allocations automatiques des investisseurs institutionnels comme des particuliers. Une exposition immense. Silencieuse. Presque invisible.

Et pendant que tous regardent la bulle, une autre mécanique se met en place.

En 2026, les gouvernements prévoient d’émettre quelque 550 milliards d’euros d’obligations. À cette montagne viendront s’ajouter environ 380 milliards d’euros de dette souveraine supplémentaire, remis sur le marché par le mécanisme de QT inscrit au bilan de la Banque centrale.

Près de 1 000 milliards d’euros de papier d’État devront donc trouver preneur auprès du secteur privé.

Près de mille milliards.

Davantage encore que lors du sommet de la grande fièvre Covid.

Voilà le véritable décor.

Car derrière les graphiques, derrière les discours rassurants des banques centrales et les incantations sur la « résilience » des économies, une combinaison autrement plus sinistre se forme.

Les taux montent.

Les déficits montent.

La dette monte.

Et quelque part, dans les profondeurs du système, quelqu’un devra payer la différence.

Nous entrons ainsi dans une configuration que les marchés ont toujours redoutée : celle où le prix de l’argent augmente précisément au moment où les États ont besoin d’en emprunter toujours davantage.

La conséquence pourrait être brutale.

Préparons-nous à l’inflation.

Pas l’inflation de circonstance, celle que l’on attribue à une crise passagère, à un détroit bloqué ou aux soubresauts d’Ormuz. Celle qui apparaît sur les écrans, disparaît quelques semaines plus tard et permet aux marchés à terme de poursuivre leur danse.

Non.

L’autre inflation.

La véritable.

Celle qui naît lorsque la dette devient trop lourde, lorsque les États doivent continuer à emprunter malgré la hausse du coût de l’argent, lorsque l’épargne privée est appelée à absorber une masse croissante de papier souverain.

Elle ne surgit pas avec fracas.

Elle s’installe.

Elle ronge.

Et lorsqu’on finit par comprendre qu’elle est devenue structurelle, il est généralement trop tard pour demander où était le signal d’alarme.

Le signal était là.

Depuis longtemps.

Il fallait simplement accepter de regarder dans l’obscurité.

 

 

 

 

 

B

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