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  • JPC EGOTUNNEL VIVE LE GRAND REMPLACEMENT

    file_0000000071c861f480e74c090c900ba2.pngLes prophéties ne tonnent plus. Elles suintent. Elles filtrent à travers les micros, les écrans, les flux — voix basse, calibrée, sans tremblement. Elon Musk parle, et le réel se reconfigure en arrière-plan. Pas d’oracle, pas de temple. Juste des slides, des courbes, et cette impression persistante que quelque chose se désagrège hors champ.jp.png

    Les anciennes lois économiques ? Dissoutes. Évaporées. Comme si quelqu’un avait tiré sur le fil et que tout le tissu venait avec. Travail. Salaire. Épargne. Trois mots fossiles. Trois réflexes conditionnés. Le système les relâche, lentement, comme un corps qui oublie ses propres fonctions.

    Dans les foyers pourtant, rien ne change assez vite. Les comptes s’ajustent au centime. Les décisions se prennent sous contrainte. Il y a toujours ce poids, cette gravité : survivre, prévoir, tenir. Deux réalités superposées — l’une qui promet l’abondance, l’autre qui calcule le manque.

    « N’épargnez plus », dit-il. Commande étrange. Comme si le futur était déjà consommé. Comme si la ligne du temps avait été coupée, remontée, remontée encore, jusqu’à devenir un présent perpétuel. Dix ans. Vingt ans. Concepts obsolètes. Archives mentales.

    Image suivante : le potager. Terre noire sous les ongles. Travailler devient optionnel. Un hobby. Une simulation archaïque du besoin. Acheter des légumes ou les faire pousser — même résultat, mais l’un implique encore le corps, la lenteur, la friction. Certains choisiront cela. Par nostalgie. Par bug comportemental.

    Productivité : exponentielle. Mot clinique. Résultat : abondance. Mais une abondance qui ronge. Qui dissout la structure même du désir. Plus de rareté, donc plus de tension. Plus de tension, donc plus de valeur. Tout est là. Disponible. Immédiat. Saturation totale.

    Les machines travaillent. Les humains dérivent.

    Plus de lien entre effort et subsistance. Le circuit est court-circuité. Le revenu universel ? Déjà dépassé. Ici, on parle d’accès total. Tout, tout de suite. Sans échange. Sans dette. Sans attente.

    Pause.

    Quelque chose cloche.

    Même Musk le laisse filtrer — une fissure dans le discours. Si tout est donné, que reste-t-il ? Le travail structurant disparaît. Plus de rythme. Plus de nécessité. L’existence flotte. Crise existentielle : terme poli pour désigner un vide massif, sans coordonnées.

    Si tout désir est satisfait instantanément, le désir lui-même devient suspect. Peut-être inutile. Peut-être mort.

    Et l’individu ? Déconnecté de sa propre fonction. Spectateur de lui-même. En quête d’un sens que plus rien n’exige.

    Retour en arrière. Toujours la même matrice. Travail contre survie. Salaire contre temps. Nos sociétés entières construites sur cette équation. Une architecture de contraintes. Une économie de la rareté. Toujours manquer de quelque chose pour continuer à avancer.

    Mais si le manque disparaît—

    Alors tout le reste vacille.

    Et personne ne sait vraiment ce qui prend sa place.

     

     

  • Necronomie mecanique

     Dans l'ordre Marcel la feignasse, JPC, Chris P et Doc Benway buvant un russe blanc, boisson préférée du Big Lebowski

    1776007067258 (1).pngAu commencement, il y eut une lumière sale, une lumière de cave anglaise, de studio fatigué, de banquet administratif après l’apocalypse. Kubrick, dit-on, n’avait pas encore décidé s’il filmait des hommes ou des meubles, des saints ou des comptables, des survivants ou des figurants en vacances forcées. Cette photo naquit dans cet interstice, au bord de l’absurde, quand quatre silhouettes se mirent d’accord pour incarner la grande comédie de la décrépitude moderne.

    Marcel la feignasse fut le premier à comprendre la mission : ne rien faire avec une conviction quasi métaphysique. Il s’assit donc comme un prince en exil du travail avec ce flegme de rentier terminal du farniente qui transforme la paresse en doctrine. À côté de lui, JPC le nécronomiste sortit des chiffres invisibles de ses poches, comme s’il pouvait expliquer la fin du monde par un tableau Excel et trois hypothèses macroéconomiques. Chris le graphiste, lui, avait déjà tout vu en aplats, en contrastes, en typographie de l’effondrement ; il savait que la composition seule sauverait ce naufrage de l’élégance. Quant au Docteur Benway psychiatre visionnaire des démocraties de Marché, il planait au-dessus du groupe comme un fantôme sous kétamine soufflant l’idée que toute réunion d’hommes finit tôt ou tard en rituel, en farce, ou en moralisme déjanté.

    Le décor, évidemment, faisait le reste. Un canapé trop bas, des verres trop droits, des corps trop calmes, et sur le visage de chacun cette sérénité un peu douteuse qu’on trouve chez les conspirateurs de salon et les prophètes qui ont raté leur train volontairement mais qui savent rire d'eux mêmes. Kubrick, derrière sa caméra, aurait souri de ces sourires d’ingénieurs du chaos : il tenait là non pas une photo de groupe, mais un organigramme de la perdition. Marcel l’inerte, JPC le chiffré, Chris d'Urbain Autopsy, Le Doc, le mutant : quatre façons de perdre pied sans jamais quitter le cadre

    Et c’est ainsi que la scène prit forme, non comme un simple cliché, mais comme une thèse en images sur la civilisation occidentale en bout de course. Une réunion de crânes lucides, de postures cassées, de dignité mal ajustée. Une photographie que Kubrick n’aurait pas reniée, parce qu’elle contient tout ce qu’il aimait : le contrôle, le malaise, la symétrie, et cette petite odeur de catastrophe bien rangée.

    Muzak

    https://www.youtube.com/watch?v=OP157WMfOqo

     

  • 2026 Une année déjà tracée...

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    click on picture from Urban Autopsy

    Marvin Minsky, éco-prophète du culte cybernétique, lâchait au début des années 80 sa formule cannibale :
    le cerveau humain,
    disait-il, n’est qu’un ordinateur d’un kilo et demi, fait de viande.
    De la chair calculante.
    Du steak neuronal sous tension.

    Depuis, la métaphore a muté en programme politique.

    On invoque les barbares comme on invoque des fantômes utiles — pour nous rappeler ce que nous serions sans la religion, sans l’État  et le travail pénible. Mythe fondateur recyclé. Fable pédagogique pour enfants tardifs. Mais cette vision idéologique du passé a explosé sous la pression de l’économisme triomphant : le marché a remplacé Dieu, l’algorithme a remplacé la Loi, et l’Histoire est devenue une courbe Excel.

    On parle de réindustrialisation sans prononcer le mot maudit : démondialisation.
    Car le Système — entité fermée, autoréférentielle, nécrosée — ne reconnaît jamais ses erreurs. Il les capitalise. Il les appelle « transitions ».

    Notre âge de l’ordinateur post-industriel n’a pas produit des citoyens augmentés mais des appendices. Bras USB. Regards connectés. Consciences en location. L’humain devient périphérique, interface molle, viande compatible. La machine ne nous sert plus : elle nous tolère.

    Dans son arrogance atroce, le Système attend de ses victimes qu’elles se contentent de voter à intervalles réguliers, de trier leurs déchets et de croire — sincèrement, religieusement — que tout ira très bien. Démocratie low-cost. Écologie de formulaire. Spiritualité du bac jaune.

    La mondialisation, qui a largement contribué à nous précipiter dans la crise terminale de notre temps, travaille chaque jour à effacer les causes de l’horreur qu’elle engendre. Elle produit l’amnésie en flux tendu. Elle dissout les responsabilités dans la logistique. Tout circule, sauf la vérité.

    L’époque postmoderne trouve sa forme achevée dans la consommation et la technologie. Les mass media y puisent leur force hypnotique : images-chocs, slogans mous, récits prémâchés. Le spectacle de la domination est terrifiant précisément parce qu’il est simple. Trop simple pour être vu.

    Même les échecs les plus flagrants — violence, chaos, effondrements — deviennent carburant pour l’hypnose collective. Diversions infinies. Séries, faits divers, peurs recyclables. Nous sommes fascinés par les comportements menaçants parce que l’ennui est devenu plus insupportable que la terreur.

    Ceci explique cela, disait-on autrefois.
    Aujourd’hui, cela s’exécute automatiquement.

    Bonne année les NécroINACTION.jpgs de notre part

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