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futur - Page 2

  • La fin du travail selon Bill Gates

    GATES MAG.jpgBILL GAT ES ANNONCE LA FIN DU TRAVAIL. La nouvelle tombe sur les écrans comme une pièce de monnaie dans la bouche d'un mort.

    Il dit : il faut accompagner le changement.

    Accompagner.

    Comme on accompagne un condamné jusqu'à la porte. Comme on accompagne le cadavre jusqu'au four. Comme on accompagne la machine jusqu'à son prochain propriétaire.

    L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ARRIVE.

    Elle ne frappe pas. Elle ne demande pas la permission. Elle prend le poste. Un algorithme derrière le bureau. Un algorithme dans l'ambulance.

    Un algorithme qui vous sourit à l'accueil et vous explique que votre licenciement constitue une expérience personnalisée destinée à améliorer votre bien-être.

    Bill Gates n'aime pas les mauvaises nouvelles.

    Mais les mauvaises nouvelles ont déjà franchi le barrage.

    Il était une fois l'innovation. Elle portait une chemise propre, promettait l'abondance et distribuait des graphiques. Maintenant elle compte les chômeurs. Elle les compte très vite. Trop vite.

    Le vieux prophète de la Silicon Valley regarde la machine qu'il a contribué à nourrir et découvre qu'elle possède encore de l'appétit.Alors il propose une taxe.

    TAXER L'IA.

    TAXER LES ROBOTS.

    Taxer ce qui travaille sans dormir, sans salaire, sans syndicat, sans dimanche.

    Une taxe sur les fantômes productifs. L’'argent servira à former les humains. Former les humains à quoi ? À devenir quoi ? À attendre devant les machines ?

    Il faudrait aussi réserver certains emplois. Des territoires interdits aux algorithmes.

    Médecins humains.

    Professeurs humains.

    Soignants humains.

    Peut-être bientôt : interlocuteurs humains.

    Une zone protégée où la main tremble encore, où la voix hésite, où quelqu'un peut dire : « Je ne sais pas. »

    L'instance internationale sera créée.

    Un grand bâtiment de verre.

     

    COMMISSION MONDIALE POUR L'ACCOMPAGNEMENT DE LA TRANSITION.

    Des badges.

    Des écrans.

    Des traductions automatiques.

    Des robots servant le café aux délégués chargés de décider combien de robots peuvent servir le café.

    Pendant ce temps les emplois disparaissent. Pas dans une explosion. Un par un.

    Clic. Le travail devient une anomalie historique, une vieille maladie industrielle conservée dans quelques réserves humaines.

    On taxera les contenus générés par les machines. Les machines produiront les contenus.Les humains taxeront les contenus.

    Les machines analyseront les taxes.

    Les humains analyseront les analyses. Puis la machine dira :

    OPTIMISATION TERMINÉE.

    Bill Gates avait raison sur un point.

    Le monde a besoin d'un plan.

    Mais les plans appartiennent encore aux humains.

    Pour combien de temps ?

     

     

     

     

     

     

     

  • Holidays in 93

    Jjean pierre crepin economiste et écrivainPC en vacances chez lui bien défoncé à la vodka Beluga  (encore en vente libre ) travaillant à son dernier livre " Le testament nécronomique sous ordonnance " avec le Docteur Benway.

    Bon pour finir une note d'humour avec la photo de la porte d'entrée de mon immeuble. Ce matin, un jeune couple résidant depuis deux jours est venu me demander si ça craignait pas un tir de balle...Je les ai rassuré

    " Mais non au contraire, c'est un message de bienvenue, c'est un peu comme le collier de fleurs chez les tahitiens.."

    20260803_171945 (1)porte.jpg

     

    Une réplique à la MC Circulaire pas vrai Reprise des chaussettes ?

     

  • Merde in France

    1000049441 (1).pngLe néolibéralisme avance masqué. Il crache sur l'État pendant que sa perfusion y est branchée. Le discours taille la béquille qui le soutient. Puis survient la déchirure de 2008. Les marchés s'effondrent comme des immeubles rongés de l'intérieur. Les prêtres de la dérégulation tendent alors leurs mains impeccables vers la vieille machine publique. Ils exigent le sauvetage. L'État, cette carcasse qu'ils voulaient vendre au poids du métal, devient salle d'urgence, banque de sang, appareil respiratoire. Une fois la fièvre tombée, ils reprennent leur sermon contre l'hôpital qui les a réanimés.

    Le capitalisme n'est plus une foi. C'est l'après-foi. Les dieux ont déserté. Les temples sont devenus des centres commerciaux aux néons blafards. Les anciennes croyances survivent sous forme de logos, de slogans, de cartes de fidélité. Le consommateur erre dans cette nécropole climatisée. Spectateur de sa propre consommation. Il ramasse des fragments de sens comme on fouille un charnier industriel. Les reliques ne promettent plus le salut ; elles garantissent une réduction de vingt pour cent jusqu'à épuisement des stocks.

    L'ironie est devenue un vaccin administré à dose quotidienne. Ne croire en rien. Sourire de tout. Se tenir à distance de chaque conviction comme si toute intensité annonçait déjà les camps, les bombes, la purification. On échange l'espérance contre un protocole sanitaire de l'âme. Réduisez vos désirs. Rabotez vos rêves. Le monde est peut-être médiocre, mais il pourrait être pire. Voilà la liturgie nouvelle, répétée dans les studios de télévision, les amphithéâtres d'économie, les couloirs des ministères. Le bonheur est remplacé par la gestion du désastre.

    Les gardiens de l'ordre ne célèbrent plus le paradis. Ils administrent la peur. Ils ne disent pas : regardez comme notre monde est beau. Ils disent : regardez les ruines derrière la frontière. Regardez les monstres possibles. Regardez les spectres de l'Histoire. Notre démocratie n'est pas parfaite, murmurent-ils, mais elle est le moindre des cauchemars. L'imaginaire est assigné à résidence. Toute alternative est présentée comme une infection. Toute bifurcation comme une épidémie.

    Alors viennent les protocoles. Compression des salaires. Flexibilisation des corps. Réduction des protections. Discipline des budgets. Compression, extraction, optimisation. Le vocabulaire est clinique. Les existences deviennent des variables d'ajustement. Les travailleurs sont convertis en matières premières mobiles. Les chômeurs deviennent des anomalies statistiques à corriger. Les administrations sont disséquées comme des organes jugés improductifs. La langue technocratique fonctionne comme une machine de désensibilisation : elle transforme la souffrance en indicateur, le licenciement en restructuration, la précarité en adaptation.

    Toujours la même équation gravée dans le métal froid des tableaux Excel : compétitivité. Coût. Flexibilité. Offre. Comme si l'économie était un organisme condamné à s'amputer sans fin pour survivre. On retire un membre afin de sauver le suivant. Chaque réforme promet un réveil. Chaque réveil débouche sur une salle plus étroite, un plafond plus bas, une lumière plus blanche. Le fantasme étant que le consumérisme occidental, loin d’être intrinsèquement impliqué dans les inégalités systémiques mondiales, pouvait de lui-même les résoudre. Tout ce que nous avons à faire, c’est d’acheter les bons produits. Le made in France…dans notre beau pays (comme les canadairs qui sont canadiens !!!)

    Pourtant le virus est ailleurs. La France n'étouffe pas seulement sous le prix de l'énergie. La véritable hémorragie est technologique. La frontière s'est déplacée pendant que le regard restait fixé sur les colonnes comptables. Les centres nerveux de l'innovation migrent. Les nouvelles technologies redessinent les cartes de puissance. Ici, on continue de compter les centimes pendant que d'autres fabriquent les systèmes qui fixeront demain la valeur même des centimes. Le corps économique est disséqué avec précision tandis que l'esprit industriel s'évapore. Le laboratoire est vide. Les machines tournent encore, mais elles reproduisent surtout le bruit de leur propre disparition.