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futur - Page 2

  • Extension du domaine du contrôle social

    1000041808 (1) (1).jpgDans la lumière blafarde des communiqués technocratiques, la messe est dite.

    La Commission européenne vient d’officialiser l’identité numérique.
    Nom de code : EUDI Wallet.
    Un portefeuille, qu’ils disent. Un écrin. Une commodité.

    En réalité, une extension du domaine de la lutte.

    Une seule application.
    Une icône anodine sur ton téléphone.
    Un petit carré bleu, peut-être, rassurant comme un guichet automatique.

    Dedans :
    Ton permis de conduire.
    Tes diplômes.
    Ton dossier médical complet.
    Tes preuves d’existence, en somme.

    Officialisé le 20 février 2026.
    Disponible dans tous les pays de l’Union européenne fin décembre 2026.
    Acceptation obligatoire par les banques, les entreprises, les services publics d’ici fin 2027.

    Obligatoire.
    Le mot tombe comme une pluie fine et persistante.

    Officiellement, c’est pour simplifier la vie.
    Réduire la paperasse. Fluidifier les démarches.
    Éviter les files d’attente et les soupirs administratifs.

    On t’expliquera que c’est le progrès.
    Que tu as déjà tout dans ton téléphone : tes photos, tes amours mortes, tes conversations insignifiantes.
    Alors pourquoi pas ton identité ?

    Ce qui était disséminé devient centralisé.
    Ce qui était fragile devient traçable.
    Ce qui était humain devient exploitable.

    Score.
    Classement social.
    Monnaie traçable.
    Monnaie saisissable.

    La transparence, toujours à sens unique

  • RENAULT LAISSE BETON

    SPAIN.jpgNé dans la cendre des empires dissous, dans la boue des drapeaux repliés, le national-libéralisme s’est levé comme une machine à deux vitesses : liberté pour les coffres-forts, patrie pour les ventres vides.
    Un mot de passe pour les actionnaires, un chant funèbre pour les ateliers.
    Libéral pour les riches, national pour les pauvres — programme codé dans la chair des peuples, firmware idéologique injecté à l’aube des États-nations.

    On nous vendit la souveraineté en boîtes de conserve.
    On nous livra des frontières comme des murs d’isolement phonique.
    Pendant ce temps, les flux circulaient — capitaux fantômes, algorithmes de rente, cargaisons d’âmes en leasing.

    La vieille puissance continentale, jadis matrice de lois, d’arts et de guerres, regarde ses statues verdir.
    Elle sent le froid de la relégation.
    Nostalgie industrielle, musées pleins d’acier mort, machines-outils transformées en reliques.
    Les langues dominantes dictent les contrats, les normes, les imaginaires.
    Le centre se déplace, la périphérie tremble.

    L’économie administrée — cathédrale de formulaires, prêtrise de la planification — reçoit la gifle néolibérale.
    Privatiser la mémoire, déréguler la faim, flexibiliser la dignité.
    On appelle cela adaptation.
    On appelle cela modernisation.
    On appelle cela fatalité.

    Exemple du jour, tranche de réel dans la gelée des communiqués :
    la carte électrique redessinée, les usines déplacées comme des pions sur un échiquier  

    Renault envisage de produire ses futurs modèles électriques familiaux en Espagne


    Les familles ouvrières migrent moins vite que les chaînes de montage.
    Les villes-usines deviennent des zones d’archéologie sociale.
    On promet des gigawatts, on livre des licenciements.

    Réindustrialiser sous le dogme du libre-échange ?
    Schizophrénie stratégique.
    On ne reconstruit pas une aciérie avec des incantations de marché pur.
    On ne ressuscite pas une classe ouvrière avec des crédits d’impôt et des slogans.
    Le capital veut la vitesse, la nation veut la stabilité, et le peuple veut vivre.
    Contradiction terminale.

  • Entre slip français et humanoïde

     

     

     

    HECRO.jpgL’Europe tousse.
    Pas une toux virale — une toux sénile.
    Le Vieux Continent avance à petits pas comptés, perfusé à ses souvenirs industriels, exhibant ses cathédrales productives comme des reliques sous cloche. La démographie s’effondre pendant que les indicateurs clignotent en jaune pâle. Croissance atone. Innovation rachitique. Industrie de pointe en mode archive.

    Berceau, oui.
    Mais berceau vide.

    L’Europe devient un musée habité.
    Un EHPAD à l’échelle continentale, avec audioguides multilingues et fonds de pension en guise de bande-son. On y vend du patrimoine, du terroir, du slip labellisé « savoir-faire », pendant que les chaînes de valeur s’évaporent vers d’autres latitudes plus fécondes.

    Problème simple, solutions impossibles.
    Trois options sur la table : bébés, migrants, machines.

    Les bébés ?
    Mission quasi mystique. Les politiques familiales agitent des primes comme des hochets, mais la courbe ne frémit pas. Libéral ou autoritaire, même mur biologique et symbolique. La Chine, prise de panique, envoie ses bataillons de fonctionnaires téléphoner aux ventres : Veuillez procréer pour la Nation. Biopolitique à froid, sexualité sous injonction administrative. Burroughs aurait souri : le corps réduit à un formulaire.

    Les migrants ?
    Solution fonctionnelle, inflammable. Les États-Unis l’ont compris depuis longtemps, l’Europe aussi — à contrecœur, à contre-rythme. Mais importer de la force de travail ne suffit pas à produire du commun. La question culturelle, celle de l’intégration, revient toujours comme un bug non corrigé dans le logiciel républicain. On ouvre les portes, puis on s’étonne du courant d’air.

    Reste la machine.
    Le fantasme propre, lisse, programmable. Le Japon, laboratoire du futur grisonnant, parie sur la robotisation intégrale. Des bras mécaniques pour l’usine, des humanoïdes pour tenir compagnie aux vieillards. La solution sans friction humaine. Sauf que voilà : on automatise assez bien une chaîne logistique, beaucoup moins un EHPAD. Changer une couche, consoler une angoisse nocturne, gérer un enfant qui pleure — essayez donc de coder ça en Python langage de lA.

    Nous voilà donc coincés entre le slip français et l’humanoïde.
    Entre la nostalgie textile et l’utopie cybernétique.
    Entre la reproduction qui ne vient plus et la simulation qui ne suffit pas.

    La nécronomie sourit :
    quand le vivant recule, la technique avance,
    quand la natalité s’effondre, la machine promet de remplir le vide,
    et quand tout échoue, on transforme la pénurie en modèle économique.

    L’Europe n’est pas morte.
    Elle est sous assistance.
    Et elle hésite encore entre faire des enfants, importer des corps, ou déléguer le soin au silicium.