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effondrement

  • Escalade ou Grand Toboggan

    file_00000000f2dc7246bc162cd09faa770c-_1_.jpgJ’ai vu assez de secousses pour reconnaître celles qui ne relèvent pas du simple tremblement de surface. Il y a des moments où le sol ne vibre pas : il cède. Et ce que nous traversons n’a plus rien à voir avec ces turbulences familières que l’on finit par intégrer, digérer, presque anticiper — ces cycles rassurants où la crise annonce déjà sa propre résolution. Non. Cette fois, quelque chose a rompu plus bas, plus profondément, dans l’ossature même.

    On le sent, confusément. Une intuition sourde, partagée, que quelque chose ne tient plus — même si les mots manquent, même si les routines persistent. Nous continuons à parler, à décider, à simuler la continuité, tandis que l’édifice se fissure sans bruit. Je ne pensais pas, moi non plus, devoir écrire depuis cet endroit-là. Pourtant, nous y sommes : face à des dirigeants qui ont ouvert une brèche que rien, dans le récit officiel, ne prévoyait.

    Alors épargnons-nous les sarcasmes faciles et les certitudes de façade. Il ne s’agit plus d’imaginer un basculement possible. Le basculement a eu lieu. L’étrangeté n’est plus une hypothèse — c’est le milieu dans lequel nous évoluons désormais. Reste à comprendre ce qui, précisément, a lâché. Et ce que cela implique d’être là, collectivement, à observer — presque médusés — une forme de pilotage erratique s’exercer sur une réalité qui, elle, ne pardonne rien.

    Tout se déroule à ciel ouvert. Personne ne peut détourner le regard. Personne ne peut prétendre ne pas voir.

    L’OTAN accélère son réarmement comme si la vitesse pouvait compenser la perte de sens, pendant que, en parallèle, la cohésion politique se délite fil après fil. L’Europe, elle, donne l’impression d’approcher un point de rupture interne — une tension qui ne cherche même plus à se dissimuler. Et si, dans ce tableau déjà instable, le détroit d’Ormuz venait à se fermer durablement, alors ce ne serait plus une crise parmi d’autres : ce serait un mécanisme d’implosion, lent peut-être, mais inexorable, alimenté par une pression énergétique que le continent n’est plus certain de pouvoir absorber.

  • Séquence philo-nécro

     

    PHILO.jpgA Nelly

    La technologie, moteur central de la croissance du capitalisme fictif, ne produit jamais autre chose qu’une morale binaire : machines « bonnes » contre machines « mauvaises ». Une métaphysique de supermarché. On l’observe aujourd’hui dans l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans — non pas tant une régulation que la tentative désespérée de distinguer de « bons » et de « mauvais » régimes de relations socio-technologiques.

    Cette vision manichéenne du monde ne résout rien. Elle ne fait qu’exposer, à nu, les contradictions qu’elle prétend conjurer. Car le cœur du problème n’est pas moral, il est structurel : la mauvaise adéquation entre des valeurs humaines résiduelles et la logique propre des machines ; entre une autonomie humaine déjà amputée et une autonomie machinique en pleine expansion.

    La machine autonome n’est pas un accident : elle engendre mécaniquement la machine de guerre. Taylor n’a pas inventé le taylorisme dans un laboratoire abstrait mais dans un arsenal. L’optimisation, dès l’origine, est une doctrine militaire. Toute rationalité technique est d’abord une rationalité de combat.

    L’extra-espace-isme a voulu croire que le « cyberespace » pouvait constituer un nouveau théâtre d’émancipation, un champ de bataille pour de « bonnes » relations homme-machine. Internet fut ainsi mythifié comme un espace de résistance face à sa militarisation, à sa transformation en « autoroute de l’information » sous contrôle centralisé, hiérarchisé, administré.

    Mais la question décisive reste évitée : et si le cyberespace, par nature, n’était rien d’autre qu’un dispositif de séparation ? Et si cette sphère prétendument immatérielle n’était que l’expression pure de la logique machine — abstraction, désincarnation, découplage du corps et de la vie quotidienne ?

    Depuis, l’origine du blog et du livre Crise et Mutation nous n’avons cessé de soulever cette question constatant qu’à l’heure du capital fictif, la vie virtuelle était supérieure à la vie réelle. L’ami Vincent  avait vu cela très tôt.

    Un quotidien sombre et difficile est le lot des beaucoup de gens et concerne toutes les tranches d’ âge. On va interdire les réseaux sociaux au plus de 80 ans,aux femmes âgées pour qu’elles ne soient plus victimes des brouteurs ???

    Moi je les comprend, ça doit être valorisant d’être dans un plan love avec Brad pitt ou Clooney…Les projets même virtuels, ça maintient en vie dans la réalité.….Le capital fictif ne veut pas réobjectiver la vie...mais vendre les données récupérées comme le fait Palantir désormais meilleur ami de la DGSI.

    Avec Palantir, le plan «ontologique» d'Alex Karp et Peter Thiel pour créer un État digital | Le Grand Continent

     

  • Trump is god

     

    thumbnail.png

     

    Le second mandat de Trump a levé le voile.
    Non pas sur l’Amérique — mais sur la nature réelle des accords.
    Avec les États-Unis, tout contrat est provisoire,
    comme un cessez-le-feu signé avec une machine affamée.

    Trump is God.
    Comme Clapton fut Dieu à la guitare —
    slogan, idole, hallucination collective.
    La différence : ici, la distorsion est tarifaire.

    Depuis le milieu de l’année 2025,
    l’administration américaine n’augmente plus seulement les droits de douane.
    Elle étend la taxe au réel lui-même.
    Subventions, déficits, sécurité, énergie, territoires :
    tout devient ligne de facturation.

    La coopération militaire ? Option payante.
    L’énergie ? Licence révocable.
    La géographie ? Variable d’ajustement.

    L’accord commercial UE–États-Unis de juillet 2025
    n’était pas un traité.
    C’était un sursis.

    L’Europe a accepté le chiffre magique : 15 %.
    Un pourcentage comme un stigmate.
    En échange, l’illusion :
    suppression des droits sur les produits industriels américains,
    comme si la symétrie existait encore.

    Six mois.
    Pas même une saison complète du capitalisme tardif.
    L’acier et l’aluminium repassent à la caisse.
    Et déjà la menace suivante :
    le Groenland.

    Nous entrons dans une nouvelle phase.
    Les tarifs ne servent plus à réguler le commerce.
    Ils servent à forcer l’allégeance.

    Ce n’est plus l’accès au marché qui est négocié,
    mais la reconnaissance d’une souveraineté étrangère
    sur un territoire gelé,
    stratégique,
    minéral,
    post-humain.

    Le tarif devient une arme diplomatique totale.
    Un impôt sur la désobéissance.
    Un péage sur la géopolitique.

    La Nécronomie l’avait annoncé :
    quand l’économie ne produit plus de valeur,
    elle produit de la contrainte.

    Et l’Europe, encore une fois,
    paie pour continuer à croire
    que le contrat existe.