Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

NECRONOMIE - Page 2

  • Le Grand Démantèlement

    le grand.jpgFinalement, l’Europe étant maintenant le continent le plus chaud de la planète et la France en particulier, c’est nous qui allons devenir pour les autres continents des réfugiés climatique. C’est peut-être ça le vrai grand remplacement.

    D’ici là, on ira passer nos vacances en Suède ou au Danemark.

    Je vous dis pas quand on aura fini d’installer les datacenters…

    La vie humaine ressemble de plus en plus de celle des composants électroniques destinés à être recyclés pour l’IA. Dans ce processus certains composants sont endommagés au point d’être irréparables, alors que parmi ceux qui survivent à la phase de démantelement seule une quantité réduite est nécessaire pour composer les nouveaux dispositifs, en général plus léger fonctionnant vite et bien.

    Des dommages collatéraux au progrès économique. La ligne des damnés et des  sauvés n’étant pas totalement tracée…

    Le Grand Démantèlement c'est dément....

  • La bulle qui ne peut plus éclater

    hote.jpgL’existence d’une bulle autour de l’intelligence artificielle ne fait guère de doute. Les chiffres sont là : valorisations extravagantes, investissements massifs, promesses de productivité infinie, récits messianiques sur une technologie qui viendrait résoudre les contradictions mêmes du système qui la finance.

    Chaque jour, l’IA produit ses propres preuves : graphiques, modèles, projections,  scénarios. Une mécanique autoréférentielle où la machine semble confirmer la nécessité de son propre triomphe. Tout indique une possible implosion. Une répétition générale de 2008, mais avec des montants capables de transformer la crise financière précédente en simple incident comptable.

    J’ai longtemps pensé que la limite viendrait du marché lui-même. Qu’une bulle, aussi sophistiquée soit-elle, finirait par rencontrer la réalité. Qu’à un moment donné, les chiffres cesseraient d’obéir aux récits. Que la gravité économique reprendrait ses droits.

    Mais quelque chose a changé.

    La frontière qui séparait autrefois la spéculation de la décision politique semble avoir disparu. Les États, les banques centrales, les grandes institutions et les puissances industrielles ne se contentent plus d’observer la bulle : ils participent à sa construction. Ils l’alimentent, la protègent, lui donnent une dimension stratégique. Ce n’est plus seulement une croyance financière. C’est devenu une infrastructure de pouvoir.

    Nous assistons peut-être à une forme nouvelle d’anhédonie : non plus l’incapacité à ressentir du plaisir, mais l’incapacité à exister en dehors de sa recherche permanente.

    Une sorte d’anhédonie inversée.

    L’homme contemporain ne souffre plus seulement de ne plus trouver de satisfaction dans ce qu’il possède. Il souffre d’être condamné à poursuivre une jouissance toujours plus grande, toujours repoussée. Il ne cherche plus un objet parce qu’il le désire ; il le désire parce qu’il doit continuer à désirer.

    Quelque chose manque. Mais ce manque ne peut jamais être comblé, car le système repose précisément sur cette absence.

    La drogue, les stimulants, les molécules destinées à prolonger la performance sexuelle ou physique répondent à cette même logique : repousser la limite humaine, restaurer une intensité perdue, forcer le corps à produire encore du plaisir lorsqu’il n’en produit plus spontanément.

    L’IA est peut-être devenue le dernier stimulant de la civilisation financière.

    La Money Power ne cherche pas seulement avec elle à automatiser le monde. Elel cherche à prolonger une sensation de puissance qui s’épuise. À repousser le moment où le système devra reconnaître ses propres limites.

    L’intelligence artificielle devient alors moins une technologie qu’un objet de croyance. Une promesse pharmaceutique appliquée à l’économie entière : une injection de croissance, de contrôle et de domination destinée à maintenir éveillé un organisme déjà épuisé.

    Le paradoxe est là : plus le système semble proche de l’épuisement, plus il augmente la dose.

    Et peut-être que la véritable question n’est plus de savoir quand la bulle éclatera.

    Mais combien de temps une civilisation peut continuer à vivre uniquement grâce à la promesse d’un plaisir futur.

  • Merde in France

    1000049441 (1).pngLe néolibéralisme avance masqué. Il crache sur l'État pendant que sa perfusion y est branchée. Le discours taille la béquille qui le soutient. Puis survient la déchirure de 2008. Les marchés s'effondrent comme des immeubles rongés de l'intérieur. Les prêtres de la dérégulation tendent alors leurs mains impeccables vers la vieille machine publique. Ils exigent le sauvetage. L'État, cette carcasse qu'ils voulaient vendre au poids du métal, devient salle d'urgence, banque de sang, appareil respiratoire. Une fois la fièvre tombée, ils reprennent leur sermon contre l'hôpital qui les a réanimés.

    Le capitalisme n'est plus une foi. C'est l'après-foi. Les dieux ont déserté. Les temples sont devenus des centres commerciaux aux néons blafards. Les anciennes croyances survivent sous forme de logos, de slogans, de cartes de fidélité. Le consommateur erre dans cette nécropole climatisée. Spectateur de sa propre consommation. Il ramasse des fragments de sens comme on fouille un charnier industriel. Les reliques ne promettent plus le salut ; elles garantissent une réduction de vingt pour cent jusqu'à épuisement des stocks.

    L'ironie est devenue un vaccin administré à dose quotidienne. Ne croire en rien. Sourire de tout. Se tenir à distance de chaque conviction comme si toute intensité annonçait déjà les camps, les bombes, la purification. On échange l'espérance contre un protocole sanitaire de l'âme. Réduisez vos désirs. Rabotez vos rêves. Le monde est peut-être médiocre, mais il pourrait être pire. Voilà la liturgie nouvelle, répétée dans les studios de télévision, les amphithéâtres d'économie, les couloirs des ministères. Le bonheur est remplacé par la gestion du désastre.

    Les gardiens de l'ordre ne célèbrent plus le paradis. Ils administrent la peur. Ils ne disent pas : regardez comme notre monde est beau. Ils disent : regardez les ruines derrière la frontière. Regardez les monstres possibles. Regardez les spectres de l'Histoire. Notre démocratie n'est pas parfaite, murmurent-ils, mais elle est le moindre des cauchemars. L'imaginaire est assigné à résidence. Toute alternative est présentée comme une infection. Toute bifurcation comme une épidémie.

    Alors viennent les protocoles. Compression des salaires. Flexibilisation des corps. Réduction des protections. Discipline des budgets. Compression, extraction, optimisation. Le vocabulaire est clinique. Les existences deviennent des variables d'ajustement. Les travailleurs sont convertis en matières premières mobiles. Les chômeurs deviennent des anomalies statistiques à corriger. Les administrations sont disséquées comme des organes jugés improductifs. La langue technocratique fonctionne comme une machine de désensibilisation : elle transforme la souffrance en indicateur, le licenciement en restructuration, la précarité en adaptation.

    Toujours la même équation gravée dans le métal froid des tableaux Excel : compétitivité. Coût. Flexibilité. Offre. Comme si l'économie était un organisme condamné à s'amputer sans fin pour survivre. On retire un membre afin de sauver le suivant. Chaque réforme promet un réveil. Chaque réveil débouche sur une salle plus étroite, un plafond plus bas, une lumière plus blanche. Le fantasme étant que le consumérisme occidental, loin d’être intrinsèquement impliqué dans les inégalités systémiques mondiales, pouvait de lui-même les résoudre. Tout ce que nous avons à faire, c’est d’acheter les bons produits. Le made in France…dans notre beau pays (comme les canadairs qui sont canadiens !!!)

    Pourtant le virus est ailleurs. La France n'étouffe pas seulement sous le prix de l'énergie. La véritable hémorragie est technologique. La frontière s'est déplacée pendant que le regard restait fixé sur les colonnes comptables. Les centres nerveux de l'innovation migrent. Les nouvelles technologies redessinent les cartes de puissance. Ici, on continue de compter les centimes pendant que d'autres fabriquent les systèmes qui fixeront demain la valeur même des centimes. Le corps économique est disséqué avec précision tandis que l'esprit industriel s'évapore. Le laboratoire est vide. Les machines tournent encore, mais elles reproduisent surtout le bruit de leur propre disparition.